Pourquoi faire une thérapie cognitivo-comportementale?

Décryptage rédigé le 06-04-2017 par UPDMV

Unpsydansmaville continue d'explorer pour vous le monde des psys. Nous avons rencontré Anne-Victoire ROUSSELET, psychologue membre de l'AFTCC (Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive) et installée dans le 6ème arrondissement de Paris. Spécialisée dans le traitement de pathologies comme la dépression ou la schizophrénie au moyen de l'approche cognitivo-comportementale, elle nous décrit les grands principes de son travail. Des thérapies courtes pour des résultats probants, c'est la pari engagé par cette approche, qui bénéficie d'une véritable reconnaissance scientifique.

Décryptage

Pourquoi faire une thérapie cognitivo-comportementale?

AVR : "La thérapie comportementale et cognitive vise à diminuer la souffrance émotionnelle, à travailler sur des pensées négatives, répétitives, qui nous gênent, qui nous freinent quand on souhaite faire un certain nombre de choses ; par exemple quand on cherche un travail, on peut avoir des pensées qui nous inhibent ("je ne serai pas à la hauteur"). Le thérapeute peut aussi travailler sur l'évitement de certaines situations, comme dans les comportements phobiques (par exemple, les gens qui évitent de prendre l'ascenseur), mais aussi sur des pensées de type dépressogène comme "je suis nul" ou "les autres, s'ils me connaissaient vraiment, ne m'aimeraient pas", c'est à dire sur l'estime de soi et sur des composantes anxieuses.

Pour le traitement de la dépression, tout dépend s'il s'agit d'un premier épisode ou d'une récidive. Les techniques, dans leur utilisation, diffèrent quelque peu. La rémission peut être totale après une thérapie cognitive et comportementale, grâce à des exercices aussi simples que l'activation comportementale, c'est à dire refaire des choses qui nous faisaient plaisir avant, et dans un second temps, réaliser un travail sur les cognitions, les pensées négatives qui ont probablement donné lieu à ce premier effondrement dépressif, comme par exemple une estime de soi fragile. La personne eut s'être construite comme quelqu'un de sensible à la critique, d'un peu plus vulnérable ou émotive, et dans un contexte donné se déprimer un peu plus. La thérapie cognitive et comportementale explore ces deux axes, l'un après l'autre. Lewinsohn, qui a travaillé sur la thérapie cognitivo-comportementale de la dépression, explique que la dépression est une absence de renforçateur positif, c'est à dire que finalement il n'y a plus de choses qui font plaisir face à une avalanche de renforçateurs négatifs, des pertes réelles (deuil, chômage...) ou imaginées (l'affection de quelqu'un par exemple). Tout dépend de la vulnérabilité de chacun pour la dépression, certaines personnes se dépriment plus facilement que d'autres : il n'y a pas de jugement à porter là dessus, c'est juste quelque chose qui est à prendre en considération dans la prise en charge à mettre en œuvre".

Comment marchent les thérapies cognitivo-comportementales?

AVR : "Elles sont structurées, les entretiens sont tous sur le même modèle. Dans un premier temps, on réalise une évaluation, c'est à dire que deux ou trois entretiens sont utilisés pour évaluer la situation de la personne : sa situation actuelle, ses difficultés, ce qui lui pose vraiment problème, son passé, comment elle a vécu un certain nombre d'événements, les répercussions de ces événements passés sur le présent. Ensuite, on interroge la personne sur ce qui s'est passé depuis la dernière séance; on propose un objectif et, à partir de celui-ci, on travaille en séance de façon très pratique par des exercices et on demande au patient de faire un certain nombre de tâches entre deux séances. Par exemple, des exercices de relaxation ou de relevé de pensées peuvent être proposés. Leur point commun : être très pratiques et centrés sur le quotidien. Ce qui est difficile pour le patient n'est pas de venir en entretien mais ce sont les situations de son quotidien qui se présentent entre deux séances".

Est ce que le psychothérapeute d'orientation cognitive et comportementale travaille en association avec une prescription médicamenteuse, par exemple pour la prise en charge de la dépression?

AVR : "La thérapie cognitivo-comportementale est efficace seule dans les dépressions légères; dans le cas des dépressions d'intensité modérée à sévère, il n'est pas envisageable de faire une TCC seule : le patient doit également avoir un traitement médicamenteux, prescrit par son psychiatre traitant.

A quoi faut-il s'attendre en termes de durée et de coût? 

AVR : "Les TCC sont classées comme thérapies courtes; en fonction des problématiques, cela peut aller de six ou huit séances jusqu'à deux ans de thérapie, à un rythme d'une séance tous les quinze jours. Pour un trouble dépressif, comptez douze à quinze séances environ. En termes de coût, cela dépend du thérapeute et du lieu géographique. De cinquante euros la séance...jusqu'à des sommes conséquentes! Surtout il faut trouver un thérapeute diplômé. Une consultation dure entre trente et quarante-cinq minutes".

Quels types d'indications pour les thérapies cognitivo-comportementales?

AVR: "Concernant les thérapies cognitives et comportementales, on a plusieurs types d'indications. Les plus connues sont les troubles anxieux, les troubles dépressifs, pour lesquelles elles ont de très bons résultats, évalués de façon scientifique. De façon moins connue mais tout aussi efficaces, sur les troubles schizophréniques, on a de très bons résultats aujourd'hui, que ce soit sur les idées délirantes, les hallucinations, mais aussi sur les symptômes dits négatifs, c'est à dire une diminution d'un certain nombre de compétences, sur lesquels les résultats sont probants aussi. On peut traiter aussi toutes les failles du narcissisme : faible estime de soi, angoisse d'abandon, les schémas relationnels qui peuvent se reproduire, comme par exemple lorsque la personne choisit systématiquement un compagnon qui peut le fragiliser, lui faire du mal, etc. "

Les effets des thérapies cognitives et comportementales sont-ils durables?

AVR: "Les études montrent que oui, les effets sont durables. Les expériences cliniques de la communauté scientifique qui est la nôtre nous le montrent, et ce pour des thérapies majoritairement courtes".